Allaitement exclusif au Niger : un geste vital encore trop peu pratiqué

👶 Le premier aliment, le premier vaccin

Dans les villages, les hameaux, les quartiers populaires et jusque dans les maternités urbaines du Niger, la question de l’allaitement revient toujours… mais sans consensus, sans suivi, et souvent sans accompagnement.

Pourtant, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’allaitement exclusif pendant les six premiers mois est le moyen le plus sûr, le plus économique, et le plus efficace de protéger la santé du nourrisson.
Et pourtant, moins de 30 % des bébés nigériens bénéficient de ce droit fondamental.


📊 Une pratique encore marginale malgré les recommandations

  • Seulement 1 bébé sur 3 est allaité exclusivement jusqu’à 6 mois
  • Dans les zones rurales, l’introduction précoce de l’eau ou des bouillies est quasi systématique
  • Beaucoup de mères abandonnent l’allaitement à cause de la fatigue, la douleur, le manque de lait perçu, ou la pression sociale
  • Très peu de centres de santé disposent de personnel formé à l’accompagnement de l’allaitement
  • L’alimentation artificielle reste perçue comme un symbole de “modernité” ou de “force”

🎯 Résultat : une hausse des cas de diarrhée, de malnutrition, et d’infections évitables chez les bébés.


🧠 Qu’est-ce que l’allaitement exclusif exactement ?

Allaitement exclusif signifie que :

  • Le bébé ne reçoit que du lait maternel
  • Aucun autre aliment ou boisson ne doit être donné : pas d’eau, pas d’infusion, pas de bouillie, pas de jus
  • Même en période de chaleur extrême, le lait maternel contient assez d’eau pour hydrater le nourrisson
  • Il est recommandé de l’initier dans la première heure après l’accouchement

Le lait maternel est un aliment vivant : il évolue avec l’âge du bébé, protège, nourrit et réconforte.


🌾 Pratiques courantes qui menacent l’allaitement

  • Donner de l’eau chaude sucrée dans les premiers jours (tradition du “tisané”)
  • Donner une infusion locale pour calmer le ventre ou favoriser le sommeil
  • Introduire des farines locales dès 2 ou 3 mois
  • Forcer l’arrêt de l’allaitement dès que la mère retombe enceinte
  • Donner du lait concentré sucré dilué avec de l’eau insalubre

📌 Ces pratiques, souvent bien intentionnées, peuvent causer diarrhée, malnutrition, voire décès.


🩺 Les bienfaits incontestables de l’allaitement exclusif

Pour le bébé :

  • Apporte tous les nutriments nécessaires à sa croissance
  • Renforce le système immunitaire contre les infections courantes
  • Diminue les risques de malnutrition, diarrhée, et maladies respiratoires
  • Favorise le développement du cerveau
  • Crée un lien affectif sécurisant avec la mère

Pour la mère :

  • Favorise la contraction de l’utérus et diminue les saignements post-accouchement
  • Retarde le retour des règles (contraception naturelle temporaire)
  • Diminue les risques de certains cancers (sein, ovaire)
  • Facilite la perte de poids après la grossesse
  • Crée un attachement émotionnel fort

🧭 Pourquoi l’allaitement exclusif reste difficile à mettre en œuvre au Niger ?

1. Fatigue et manque de soutien

Les femmes retournent très vite aux champs, aux tâches ménagères, ou au commerce. Peu de soutien de l’entourage pour leur permettre de se reposer et allaiter fréquemment.

2. Croyances erronées

  • “Le lait maternel ne suffit pas”
  • “Il est trop léger”
  • “Il faut compléter avec autre chose pour que l’enfant grossisse vite”

3. Pression familiale

Les grand-mères ou belles-mères imposent des pratiques traditionnelles sans se référer aux recommandations de santé.

4. Absence de modèles positifs

Peu de femmes voient d’autres mères allaiter en public ou dans les centres de santé. L’allaitement est souvent tabou ou caché.

5. Absence de politique de soutien à l’allaitement

Pas d’espaces d’allaitement dans les lieux publics, ni campagnes nationales actives depuis plusieurs années.


🏥 Ce que peuvent faire les structures de santé

  • Initier l’allaitement dans la première heure après l’accouchement, en salle de travail
  • Interdire toute distribution de laits artificiels sans prescription médicale
  • Former toutes les sages-femmes et agents de santé communautaires à la promotion de l’allaitement
  • Créer des groupes de soutien entre mères dans les centres de santé
  • Suivre l’allaitement lors des consultations de vaccination et de pesée

🎯 Il ne suffit pas de dire “allaitez” : il faut montrer, rassurer, accompagner.


👨‍👩‍👧 Le rôle de la famille dans la réussite de l’allaitement

  • Le père peut soutenir moralement, alléger les tâches de la mère, valoriser son effort
  • Les grands-mères peuvent transmettre leur expérience tout en acceptant l’évolution des pratiques
  • Les enfants plus grands peuvent participer aux soins et créer une atmosphère sereine autour de la mère
  • Toute la famille peut défendre l’espace et le temps nécessaires à l’allaitement

Une mère qui allaite a besoin de plus que son bébé : elle a besoin d’un village.


📣 Témoignage – Ramatou, mère de 5 enfants, Maradi

“Pour mes deux premiers, je donnais du lait en poudre. Ils étaient souvent malades.
Puis une sage-femme m’a montré comment bien positionner le bébé, comment savoir s’il tète bien.
J’ai allaité exclusivement ma dernière fille pendant 6 mois. Elle n’a jamais été hospitalisée.”


L’allaitement exclusif, ce n’est pas une contrainte.
C’est une protection gratuite, naturelle, puissante — mais qui a besoin d’être soutenue, valorisée, respectée.

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